18 novembre 1843

« 18 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 63-64], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11550, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour mon cher petit bien-aimé, bonjour bonjour mon cher petit blagueur, vous n’êtes pas du tout BOSSANT. Votre chic et votre [back ?] ne sont rien moins que cela. Je renonce à vous……. Croire chaque fois que vous me ferez une promesse, aussi, pour me venger, j’ai fait dire aux fumistes de venir à dix heures. C’est bien le moins que MON MÉNAGE soit fait de bonne heure puisque je n’ai que cela à faire. Je vais me dépêcher à me laver dès que j’aurai fini mon gribouillage. Outre mon ménage, j’ai à me peigner à fond tantôt. Ce ne sera pas une surprise que je ferai à Claire car cela m’arrive encore quelquefois mais pour avoir plus de temps à lui donner demain. Je compte peu sur Jacquot pour aujourd’hui. Je pense qu’on ne me l’enverra plus maintenant que pour les étrennes. J’aime autant cela. Ce sera un cadeau pour la péronnelle qui n’en est jamais très écrasée ce jour-là. Je te recommande toujours de n’en pas parler devant elle puisque dans tous les cas ce doit être une surprise.
Je pense qu’il serait bien désagréable d’avoir fait la dépense d’une presse et d’un cousoir1 si ce pauvre Lanvin ne pouvait plus me montrer à m’en servir. Chaque fois que ce malheureux retombe malade je crains toujours qu’il n’en relève pas. Il est si affaibli et si détraqué ce pauvre bonhomme qu’il y a plus à craindre qu’à espérer pour lui. Je saurai tantôt comment il va.
En attendant, je vous aime, vous, je vous attends, vous, je vous désire, vous, je vous adore, vous, quoique vous ne le méritiez guère.
À propos, je vous plagie bien bêtement. Depuis huit jours je me mets les mains en lambeaux sans savoir où ni comment. Ce matin, encore, j’ai une égratignure toute fraîche et toute saignante qui me tient la moitié du poignet et je n’ai pas d’épingle autour de moi. C’est trop bête aussi.

Juliette


Notes

1 Cousoir : appareil de reliure.


« 18 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 65-66], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11550, page consultée le 25 janvier 2026.

Trop sérieusement, mon Toto, vous n’êtes pas gentil de venir si peu à la fois et si peu souvent. J’ai bien envie de vous faire un boudin d’enfer la première fois que j’aurai l’honneur de vous voir. Ceci vous pend au nez beaucoup plus que vous ne le pensez. QUEL CHIC, QUELLEa BOSSE, QUEL RACK, ce sera plus BOSSANT que vous ne vous y attendez. Je suis très enragée en dedans. Le jour où ça sortira vous vous en souviendrez, je ne vous dis que ça. Je ne décolère pas. Tantôt c’est après les fumistes, tantôt c’est après le diable et son train ? et toujours nuit et jour après vous. Vraiment je suis bien heureuse d’être au monde.
Je n’ai pas eu le temps de te dire que ma pauvre Cocotte avait volé dans le feu, tantôt, je n’ai eu que le temps de la prendre à la poignée pour la tirer des cendres incandescentes ; pas assez tôt, cependant, pour que ses petites pattes n’aient pas été un peu roussies. Pendant près d’une heure la pauvre petite bête s’est agitée sur son bâton sans pouvoir se tenir sur une patte ni sur l’autre. Elle essayait d’ôter avec son bec le mal qu’elle éprouvait. Si tu avais vu cela, cela t’aurait fait de la peine. Maintenant, elle n’a plus l’air d’y songer. Pauvre mogneau va.
Je te défends de parler de Jacquot, toi. Sinon tu auras affaire à moi. À propos, vous ne m’avez toujours pas dit en l’honneur de quel saint, plusieurs fois Denis, votre belle-sœur Juju était sortie de sa boîte. Je désire le savoir mais j’aimerais encore mieux savoir ce qu’il faut faire pour vous faire venir et pour vous faire rester un peu plus de deux minutes chaque fois comme vous paraissez en prendre l’habitude. J’ai le cœur gros, allez.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « quel ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.